Psychoécologies : la réinvention de la psychiatrie ?

Des experts se réunissent pour faire le point sur l’état actuel de la psychiatrie et de la psychothérapie. Un thème central sera la question de savoir comment la psychiatrie, qui s’efforce de déterminer sa position, se perçoit elle-même et perçoit les autres.

La médecine relationnelle au lieu du réductionnisme neurobiologique

9 000 participants de 50 nations se réuniront à la DGPPN à pour une réunion de haut niveau visant à faire le point sur l’état actuel de la psychiatrie et de la psychothérapie et à donner des perspectives d’avenir. Un thème central sera la question de savoir comment la psychiatrie se comprend elle-même et comprend les autres, et comment elle essaie de déterminer sa position dans le champ de tension entre les sciences voisines et interférentes. Lors du symposium présidentiel, l’identité des psychiatres sous différents angles, éclairera précisément ces interfaces, qui font de la psychiatrie une discipline en pleine mutation, en échange continu et constitutif avec les processus sociaux, culturels, économiques et politiques. Un professeur des fondements philosophiques de la psychiatrie et de la psychothérapie à l’hôpital universitaire, travaille avec succès depuis de nombreuses années sur les interfaces transdisciplinaires des sciences naturelles et humaines. Il plaide pour le développement d’une conception de la psychiatrie comme médecine relationnelle au sens large  et s’oppose ainsi avant tout au réductionnisme neurobiologique, qui tend à considérer les maladies mentales comme de simples “épiphénomènes des processus cérébraux”. Lors du symposium présidentiel, un spécialiste interviendra sur le thème de la psychiatrie en tant que médecine relationnelle.

Les maladies mentales ne sont pas seulement des maladies du cerveau

Bien que les données puissent être collectées en cartographiant les processus neuronaux, seuls les écarts statistiques peuvent être enregistrés, qui ne sont pas significatifs en eux-mêmes. Seule une psychopathologie différenciée permet à la recherche neurobiologique de gagner en validité dans la pratique. Cela signifie que le patient, en tant que sujet sensible capable de décrire sa souffrance, occupe une place centrale dans le cadre de l’anamnèse dans une situation de vie stressante. Les processus subjectifs et intersubjectifs de la thérapie ultérieure sont en relation d’échange avec les processus neuronaux du cerveau : l’expérience subjective est liée aux processus cérébraux et vice versa. Les maladies mentales ne sont en aucun cas des phénomènes individuels, mais plutôt des maladies qui font partie des arrangements sociaux, culturels et économiques et donc aussi des processus de communication.

La psyché en tant qu’organisme, environnement, écologie

Les événements de la vie influencent la santé mentale. S’il y a des influences défavorables ici, des perturbations dans l’environnement social, des pertes personnelles ou des événements économiques qui ne peuvent être tolérés, le risque de maladie augmente, et avec la maladie mentale, il y a à son tour des perturbations dans l’environnement social et dans la communication avec les autres qui affectent le cours de la maladie. La psychothérapie ne peut modifier les structures du cerveau que parce que celles-ci reposent elles-mêmes sur des processus générateurs de sens et de structures et n’existent pas séparément. La psyché acquiert ainsi une fonction globale qui comprend des dynamiques et des modèles d’ordre significatifs et générateurs de sens. Bien que ces derniers puissent être cartographiés dans les processus neuronaux, ils n’y sont pas épuisés. Comme dans les sciences humaines voisines, la psychiatrie doit également s’éloigner des dualismes classiques – très certainement nature/culture et corps/psyché – et s’orienter vers une compréhension écologique des relations affectant la maladie mentale. La psychiatrie devient ainsi une médecine relationnelle, fondée sur un concept global de la psyché en tant qu’écologie de l’organisme et de l’environnement. Le diagnostic valide est basé sur une psychopathologie qui non seulement regarde le patient d’une manière orientée vers le sujet, mais fait également appel à son intuition de compréhension et doit donc être compris en tenant compte des paramètres de l’expérience qui le justifient.

L’écopsychologie 

Écopsychologie est le nom le plus souvent utilisé pour cette synthèse émergente de la psychologie, qui embrasse les domaines psychothérapeutique et psychiatrique et de l’écologie. D’autres termes ont été suggérés, mais quelle que soit sa dénomination, la thèse sous-jacente est la même : l’écologie a besoin de la psychologie, la psychologie a besoin de l’écologie. L’écopsychologie fait se rencontrer la sensibilité des thérapeutes, l’expertise des écologistes et l’éthique de l’énergie des militants pour l’environnement. L’écopsychologie, située à la charnière des sciences naturelles et des sciences humaines, semble donc intégrer en elle tout ce qui touche la relation unitaire de l’homme avec la nature, et, de la sorte, ses études entretiennent d’étroits rapports avec les courants écosophiques, les pensées traditionnelles et les visions artistiques qui l’ont précédé dans cette démarche. Le concept d’écopsychologie est né sous l’influence de différents courants. Il s’inscrit dans un cadre aux délimitations encore incertaines qui, selon les points de vue, inclut, outre l’écologie et la psychologie, la philosophie, l’anthropologie, l’éthologie, l’ethnologie, la sociologie, l’histoire des religions. Si cette absence de référence à une discipline d’origine peut avoir pour effet d’ouvrir la porte à de multiples mouvements de pensée, susceptibles de générer de la confusion, elle a aussi l’intérêt de rendre ce concept ouvert, facilitant ainsi la progression des connaissances.

Qu’est-ce que la psychologie environnementale ?

La psychologie environnementale est chargée d’analyser la relation des personnes avec l’environnement. Se distinguent ici deux types d’environnements, les environnements naturels et ceux créés par les humains. En d’autres termes, son domaine théorique est interdisciplinaire et se concentre sur les variables comportementales et psychologiques liées à l’interaction dans les divers environnements qui entourent. Il est compréhensible que l’intérêt de ce domaine d’étude soit maximal puisque la relation entre les personnes et les milieux est indissociable. Des situations peuvent être ainsi analysées telles que le rendement scolaire d’un enfant en fonction de la salle de classe où il se trouve, ou l’état psychologique d’une personne dans une ville polluée, pour citer quelques exemples faciles à comprendre. Ce champ psychologique tente de prédire les façons dont les variables de l’environnement physique influenceront les individus.On peut extrapoler un volet éthique de l’interaction des deux acteurs, lequel recherche des moyens pour trouver des solutions globales dans divers domaines, du monde des affaires aux situations individuelles.

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